mer 3 dec 2008

"La Françafrique au secours de l'uranium" d'Imouraren : Areva propose d'aider Tandja à "mater la rébellion touarègue"

03 12 2008

Dans ses communiqués officiels, le groupe Areva a souvent tendance à mettre la charrue avant les boeufs. Aussi, la mise en place du projet d'uranium géant d'Imouraren est loin d'être acquise pour Areva. Les négociations toujours en cours, via Thierry d'Arbonneau, sont âpres et compliquées entre le "fleuron français" et le président nigérien. A ce sujet, lisez la Lettre du Continent du 2 octobre 2008.

Le 5 novembre 2008, le Canard Enchaîné publiait un article des plus instructifs, intitulé "La Françafrique au secours de l'uranium" rapportant les propos du super-négociateur d'Areva au Niger au cours du colloque "Sécurité économique", organisé par le MEDEF (en présence notamment de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur français) :

« L'amiral (à la retraite) Thierry d'Arbonneau, délégué par son groupe au Niger (qui regorge d'uranium), s'est catégoriquement élevé contre toute réglementation des sociétés privées de renseignement et de sécurité. Ce qui compliquerait, à l'en croire, la tâche d'entreprises comme la sienne.
L'Etat français ferait mieux, a-t-il ajouté, de donner aux autorités nigériennes les moyens de mater la rébellion des Touareg, « ces hommes en bleu qui font rêver les hommes et chavirer le cœur des femmes mais ne sont qu'une illusion ». Explication de cette sortie : Areva négocie actuellement le droit d'exploiter le gisement géant d'Imouraren. Les prix du marché et la concurrence chinoise aidant, le président nigérien, Mamadou Tandja, a déjà obtenu qu'Areva triple son prix d'achat du minerai. Mais il souhaiterait aussi un coup de main français pour combattre les Touareg, qui, dans le nord du pays, réclament un territoire et une part du gâteau minier. Le site est donc peu tranquille, et Areva a besoin de sécurité (publique ou privée) afin de repousser ces arrogants «hommes bleus» qui voudraient nous empêcher de creuser leur terre... J.-F. J. »

Suite à cet article, aucune réaction publique de la part du directoire d'Areva. Pourtant, les propos de son Directeur de la protection du patrimoine et des personnes constituent une provocation publique à la violence et une injure, à raison de l'appartenance raciale ou ethnique ; ils portent indéniablement atteinte à l'honneur et à la dignité des populations touarègues et du Niger en général et attentent à leurs aspirations à la paix et à l’unité nationale. De tels propos sont interdits et incriminés par les lois françaises. Ils contreviennent également à la « Charte des valeurs du groupe Areva » en vertu de laquelle, tant le groupe que l’ensemble de ses salariés s’engagent à respecter le droit international des droits de l’homme en général, et la dignité humaine en particulier.

A défaut de démenti ou d’excuses, nous avons tout juste pu constater que, dans la semaine qui a suivi la publication de l’article du « Canard Enchaîné », l’identité de M. d’Arbonneau avait disparu du programme du colloque du MEDEF pour être insidieusement remplacée par un certain « Zéphirin Diabré, Directeur Afrique et Moyen-Orient du Groupe Areva » ; ce changement de programme mesquin et ridiculement tardif vaut un aveu masqué de culpabilité.

Programme d'origine (sur le site du MEDEF) :

Programme modifié (sur le même site, quelques jours après la publication du Canard Enchaîné) :